Qu’est ce que l’art vient faire la dedans?
N’avez-vous jamais prêté attention au fait que les choses viennent à vous plus aisément que vous n’y pensez? Quelques jours après avoir écrit mon article sur la peur, je reçois un article de presse, transmis par un ami et qui portent ce titre : «le roman exorcise nos peurs».
Aujourd’hui, j’ai parlé à une jeune femme.
J’ai parlé avec une jeune femme de 25 ans, enceinte de trois mois, pour la première fois. Quel est le lien, me direz-vous ?
Trois mois, c’est le temps organisé socialement pour réaliser la fameuse «échographie du troisième mois». Cette jeune femme me dit «J’ai peur, c’est une échographie importante, parce qu’elle dépiste la trisomie 21 et je veux que mon compagnon y soit présent».
Je suis profondément troublée par cette phrase. En effet à 25 ans, découvrir le chemin de la maternité et de l’incroyable transformation du corps et de l’esprit qui prépare à l’accueil de l’autre, se trouve tout d’un coup focalisé sur l’objectivation d’un diagnostic. Ce diagnostic rend compte d’une réalité sociale et médicale qui assimile prévention à sécurité avant toute chose, mais quelle déroute quand il devient la raison pour laquelle cette échographie est importante.
Une peur sociale ou une peur de soi?
S’il s’agit d’une peur collective, c’est celle d’une société qui cherche le risque zéro pour éviter d’être renvoyée à elle-même et à son refus de la peur de l’inconnu. Pour cette jeune femme la découverte de l’infiltration d’une peur sociale dans son individualité lui a permis de revenir à l’essentiel, à cette expérience inédite de la découverte du lien en train de se tisser en elle, avec ce qui progressivement viendra à devenir son enfant et celui de son compagnon. Ce compagnon pour lequel la découverte d’une image par l’échographie, viendra bientôt l’inscrire comme père et se superposer progressivement avec l’image, à créer en lui, de celui qui deviendra son enfant.
Que l’on est loin de «la trisomie 21», bien sûr réalité terrorisante lorsqu’elle s’impose. Mais justement ici, cette réalité est inscrite dans l’imaginaire débordant d’une époque terrorisée qui en vient à capturer l’imaginaire individuel au risque de court-circuiter ainsi la mobilisation des ressources indispensables à la constitution d’un lien d’humanité entre un futur enfant et ses jeunes parents. En y regardant de plus près, s’agissait-il d’une peur de la trisomie 21 ou d’une peur de faire connaissance avec soi même ?
Faire le choix de se laisser accompagner dans un processus d’analyse en y déposant sa parole et les mots qui la disent, c’est aussi une aide «à regarder les peurs de notre temps, pour nous préparer à les affronter et qui sait, à ne plus subir».
Une phrase qui fait sens.
Voilà la phrase mise en avant dans l’article du Journal Le Monde qui m’a accrochée :
«L’art, s’il rend compte des peurs de notre temps, nous aide à les regarder pour nous préparer à les affronter et, qui sait, à ne plus les subir.»
Il s’agit d’une coupure de presse en date du 10 novembre 2011, extrait du journal Le Monde que vous pouvez lire ici.
La lecture de cet article m’a procuré une sensation inattendue qui m’a permis de le relier avec la rencontre de cette jeune femme. C’est la raison pour laquelle, j’ai eu envie de la partager avec vous, dans ce nouvel écrit.
N’hésitez pas à me laisser un commentaire et dites-moi si vous avez été déjà questionnés par ces peurs collectives ?
23 décembre 2011 à 14 h 38 min
Ca ne répond pas du tout à la question, juste le début de l’article me rappelle ma première échographie, où à l’émerveillement de découvrir visuellement que j’étais réellement habitée par un plus que minuscule à la silhouette humaine déjà parfaitement dessinée (que cela n’était somme toute un gigantesque gag) s’est superposée la voix du médecin qui en avait vu d’autres et sans doute plus qu’un peu : « il a un torse, deux jambes, deux bras, une tête, cinq orteils à chaque pied, cinq doigts à chaque main, un estomac, deux poumons, deux hémisphères dans le cerveau » et à chaque élément surgissait la crainte jusqu’alors ignorée de la monstruosité éventuelle. Il aurait pu ne pas avoir 5 orteils ? Cela ne m’était jamais venu à l’esprit. Et pour finir le verdict final : « la clarté nuquale est bonne Madame, mais compte tenu de votre âge, il faudra faire des examens complémentaires »-c’est bien, mon vieux, couvre-toi, c’est aussi ton métier, mais l’amniosynthèse n’a aucun sens dans mon cas, pour passer toute ma vie ensuite à me demander si le diagnostic était juste ou si je n’ai pas déclenché une fausse couche, je préfère faire confiance à ce qui va advenir…Et comme je racontais à mon compagnon que le minuscule après trois minutes d’échographie s’était agité comme un beau diable, son commentaire : » c’est normal, moi aussi j’aurais gueulé si on m’avait bombardé d’ondes comme ça » m’avait fait sourire car il me semblait dans cette première identification à cet enfant non désiré commencer à tisser un lien de paternité, et c’est sans doute un des bénéfices les plus nets que j’ai tiré de cet échographie.
23 décembre 2011 à 19 h 42 min
Merci pour cet écho Nelly. Oui l’essentiel n’est pas toujours là ou le doigt le pointe. Alors sachons renouveler notre écoute et rester ouvert très au delà de ce le corps social nous montre.
4 janvier 2012 Ã 9 h 36 min
La distinction entre peur collective et peur individuelle ne m’est pas facile à faire. La recherche incessante du risque 0, dont l’accompagnement des grossesses est presque une caricature, mais qui se retrouve partout (assurances à tout vent, garanties, recherche du fonctionnariat..) est aussi désir forcené de contrôler ce qui par essence échappe à la puissance humaine. Le refus de l’accident, de la malformation, de la souffrance, de la maladie et finalement de la mort alimente ma peur. Trouver la ressource pour m’agenouiller devant ce qui est, l’accepter,(dans l’idéal voire même le remercier), et en même temps ne pas tomber dans la passivité..la théorie est claire et la pratique demande une grande humilité.
4 janvier 2012 Ã 16 h 28 min
oui, elle n’est pas facile, et dans la situation décrite la peur collective est effectivement du côté d’une société médicale qui craint la remise en cause de ces modèles et de ses certitudes. Mais la peur individuelle est d’un autre ordre et quand elle ne se distingue pas de la peur collective et l’entrave le potentiel présent et apte à se déployer naturellement. La pratique ici fait intervenir l’autre et peut-être pouvons-nous poser la question : dans ma vie lorsque je suis embarrassée, est-ce que j’autorise à l’autre un point de vue qui va détourner mon regard d’une crispation ? à toi de jouer.
4 janvier 2012 Ã 19 h 02 min
Ca c’est drôle, Martine… Je retrouve E. après une semaine d’absence, il me demande ; « pas trop de tensions avec ta mère? » je commence à raconter les tensions.. et il me dit : « il faut te mettre à sa place » arrrrrrgh et je pars pour une bouderie conséquente (me mettre à la place de ma mère… non mais des fois..) ce faisant tout en boudant je pars voir mes mails et TON blog, et je trouve après des phrases incompréhensibles : « est-ce que j’autorise l’autre à un point de vue qui va détourner …? » et je ne peux que rire, eh bien non, je n’autorise pas l’autre à un point de vue différent ni à me dire de me mettre A LA PLACE DE MA MERE, bon sang de bonsoir, à ma place c’est déjà difficile de m’y mettre ! et de me détacher de la place de ma mère ! tout ça pour que le conjoint vous y ramène alors qu’il est le premier à se plaindre que vous êtes tout le portrait craché de votre mère ! En tout cas soirée détendue, l’ensemble m’a fait rire et m’a propulsée ailleurs..grosses bises !
4 janvier 2012 Ã 16 h 21 min
bonjour Lucy, c’est une question très intéressante car elle doit donner lieu à des échanges inédits. Par contre je n’ai aucune idée de savoir si c’est possible ou non. Bonne recherche.